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Darren Rees est un peintre anglais qui aime la faune sauvage.
 


Je le remercie de m'avoir adressé le compte-rendu de son voyage au Spitzberg, territoire qui dépend de la Norvège et que j'ai essayé de traduire le plus fidèlement possible.

darren & bear.jpg
 

Darren Rees est né dans le Hampshire, en Angleterre, en 1961 et a étudié les mathématiques à l'université de Southampton, enseignant pendant une courte période avant de devenir peintre à temps plein.

Comme beaucoup d'artistes, c'est un autodidacte. Il a reçu le prix de l'artiste de l'année pour son travail d'observation des oiseaux, ainsi que des récompenses provenant de la Société britannique de protection des oiseaux.

Son premier livre " Impressions d'oiseaux " fut salué par la critique et reçut la seconde place au prix du livre de l'année de la "Natural history book" ( Société des artistes animaliers).


Son voyage au Spitzberg:

" Je suis un homme chanceux. J'ai réussi à gagner ma vie en partageant mes deux passions : la peinture et mon intérêt pour la faune sauvage. Environ 10 semaines par an, dans mon rôle de guide, je me rends dans quelques uns des endroits les plus spectaculaires du monde, pour observer les oiseaux, les baleines ainsi que différentes autres espèces animales.

Vous remarquerez que je dis " gagner ma vie " et que je ne prétends pas faire " carrière " dans la peinture et dans la faune sauvage. J'ai toujours pensé que faire carrière sonne de manière pompeuse par rapport à ce que je fais.

La responsabilité est quelque chose qui représente actuellement beaucoup. Nulle part où j'ai voyagé , je n'ai été affecté d'une manière aussi profonde.

Vous savez que je ne suis pas croyant. Je veux bien admettre que je suis quelquefois ému, et , au risque de provoquer quelques sourires, j'ajouterai que je suis un homme passionné.

Toute personne qui se sent obligée de prendre un pinceau, un crayon ou plus récemment un clavier d'ordinateur pour raconter son expérience se doit, par définition, d'être expressif.

Aucune destination ne m'avait jusqu'à maintenant affecté autant. 

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© Darren Rees - Etude d'ours

 
Les choses ont changé pour moi en juillet 2006. Cet été là, je me suis rendu dans l'archipel du Spitzberg, un territoire norvégien, bien au delà du cercle polaire arctique, dans des endroits plus proches du pôle Nord que de la Scandinavie.

C'est un pays façonné par les forces de la nature, où d'énormes calottes glaciaires alimentent d'imposants glaciers qui se frayent un passage à travers des sommets déchiquetés dans des fjords qui se remplissent d'eau avec des morceaux de glace aussi grands que des maisons.

L'ampleur de ce désert polaire est à la fois une expérience et une leçon d'humilité déconcertantes. Une fois après avoir embarqué sur le " Little red ship" , et quitté le port de Longyearbyen, il n'y avait pas d'habitations pour adoucir et civiliser le paysage.

Durant 11 jours, il n'y avait rien que les rochers et la glace et les espèces du Mythe Artctique. Partout d'énormes contreforts dominant la mer, recouverts d'oiseaux marins.Les Macareux et les Guillemots de Brunnich sont monnaie courante sur les falaises escarpées, sur les pentes d'éboulis et sur les champs de rochers nichent des colonies de millions de pingouins.

Lorsque le soleil des longues journées d'été a réussi à dégeler la toundra, un riche tapis de mousses , de fleurs et de lichens servent de pâturage aux rennes et de zones de reproduction aux oiseaux du littoral :  Sternes arctiques, Phalaropes à bec large, canards à longue queue, Eider à tête grise.

Au sommet d'un grand nombre de fjords, les glaciers tombent dans l'eau froide. Le dépôt de minéraux et l'ajout d'eau douce au mélange salé, fait que le front du glacier est un lieu de production pour les algues, et des mangeoires pour les poissons.

Des mouettes et des goélands peuvent se trouver en grand nombre ( parfois aussi des mouettes blanches et des mouettes de Sabine) piquant l'arête de la glace.

Par 2 fois, nous avons aperçu des bélougas nageant dans les chenaux dans une neige fondue ressemblant à un sorbet.


 
 
Blue Ice and Bears jpg.jpg
© Darren Rees - Glace bleue

 
Oh, Voici des ours, de gros ours blancs !
Des ours qui pourraient vous déchiqueter en un clin d'oeil.

Le Spitzberg est un endroit inhospitalier, et pour les espèces qui peuvent survivre ici, c'est difficile, de plus en plus difficile.

En 2006, la limite de la glace s'est retirée à plus de 90 miles au Nord. C'est beaucoup de glace qui disparaît d'un seul coup. Les ours polaires qui ont élevé leurs petits au Spitzberg, se sont retrouvés sur des îles, en attendant le retour de la glace, afin de pouvoir à nouveau chasser leurs principales proies : le phoque annelé et le phoque barbu.

La plupart des visiteurs du Spitzberg font des croisières au large de la plus spectaculaire côte du sud ouest de la plus grande île, Spitzbergen. En effet, toutes les grandes croisières font de la publicité pour Spitzbergen, destination plus familère que le Svalbard.

Le fait est, que normalement, la limite de la glace permet seulement l'accès à Spitzbergen et pas aux autres îles.

En 2006, sans glace et en utilisant un petit bateau avec un itinéraire adapté, nous avons pu faire le tour de tout l'archipel et exploré les régions les plus éloignées au Nord ainsi que les régions de l'est de Nodanslet et Storoya, bastions de l'ours polaire et du morse, lieux rarement visités par l'homme.

Nous avons pu observer les ours comme jamais auparavant.


 
 

Mother and Cub, Barentsoya jpg.jpg
© Darren Rees - Mère et son ourson

De toutes les rencontres faites au Spitzberg, ce sont les évènements de Storoya qui demeureront à jamais dans ma mémoire.

Nous sommes arrivés sur l'île dans les premières heures du matin, et après avoir mis nos bateaux en sécurité, l'équipage s'est reposé.

Je me suis réveillé avec le désir d'analyser ce nouvel environnement et me suis aventuré sur une plate forme déserte. C'est un paysage austère qui m'a accueilli. Un paysage de froid, de sable grossier, d'affleurements rocheux de couleur grise et d'énormes blocs de glace.

Les seules touches de couleur dans ce sombre panorama, étaient les bruns chaleureux d'une colonie de morses et quelques taches blanc-crème se détachant des groupes de rochers et des amas de neige.

C'était des ours polaires. J'en ai compté 13 sur l'île, et ce n'était que les individus que je pouvais voir depuis mon lieu d'observation.

Combien étaient-ils en réalité, cachés dans un coin, somnolant dans un creux ou derrière un rocher ?

Après le petit déjeuner, nous avons embarqué sur le zodiac pour explorer le littoral. Contournant la pointe rocheuse où se trouvaient d'abord les morses, nous avons dérivé tranquillement dans une petite anse. C'était comme entrer dans une arène avec tous les acteurs clés rassemblés : davantage les morses et les ours mais aussi les sternes, les Skua, les Phalaropes à bec large.


Une partie de la plage était occupée par un groupe de morses de couleur marron serrés les uns contre les autres, comprenant des femelles et des jeunes. Ce n'était pas les grands mâles que nous avions vu précédemment sur Moffen et Lagoya. Ces mères étaient plus fines et leurs défenses plus courtes. Ils paraissaient plus vulnérables.

Trois ours étaient en vue, deux de chaque côté des morses et un plus loin dans les terres. L'ours sur la gauche, s'étirait, provoquant une vague de panique chez les jeunes morses qui plongeaient avec hâte dans l'eau. Par opposition, les mères ayant plus d'assurance, levaient juste la tête.Aussitôt, les deux premiers ours s'écartèrent de la plage et furent bientôt hors de vue, laissant juste un ours sur la droite.

Puis une chose curieuse s'est passée. Les autres zodiacs s'éloignèrent plus loin le long du rivage. J'ai alors demandé au conducteur de notre zodiac, Heidi, si nous pouvions attendre un peu et voir ce qui allait se passer avec l'ours qui était resté sur place. Mon intuition me disait d'être patient et de ne pas perdre de vue l'action, plutôt que d'aller voir plus loin.

Heidi accepta et nous nous sommes approchés de l'ours qui se reposait. Il somnolait avec des baillements intermittents et ne semblait pas se soucier de nous. Puis il se leva, s'étira et se mit à marcher le long de la plage vers les morses. Son rythme était lent, délibéré et inébranlable.

Je m'attendais à un mouvement, une charge, mais à aucun moment il ne varia sa vitesse. Il avançait lentement de plus en plus près des morses, toujours menaçant comme un tueur zombi ou le monstre de Frankeinstein, mais ce n'était pas de la fiction.

C'était la réalité !!!

Ce n'était pas la première fois ces dernières années, que mon caméscope pourrait capturer plus que je ne pourrai le faire avec quelques esquisses faites à la hâte sur un bateau en mouvement. J'ai regardé et filmé, ne sachant ce qui allait arriver et assisté à une fascinante scène entre l'ours et le morse où les deux tenaient l'autre à distance, l'un avec ses griffes , l'autre avec ses défenses.


Ce fut la fascinante et édifiante rencontre que j'ai jamais eue avec des animaux sauvages.

Alors que la planète se réchauffe, la glace fond.

Le réchauffement climatique est une réalité ici même , dès maintenant, et les ours polaires vont en être les premières victimes.


 
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© Darren Rees
 

Les séquences vidéo que j'ai recueillies au Spitzberg ont toujours été un outil pour mes peintures et certainement pas une preuve d'un monde en crise.

Mais, comme les ornithologues amateurs, les observateurs de la faune, les éco-touristes et les promeneurs, nous sommes tous aujourd'hui des témoins de premier plan des évènements liés au changement climatique.

Nous qui observons la faune sauvage, avons et chérissons cette connection envers la nature, une connection qui pour la majorité des gens a été brisée par l'urbanisation et la modernité. Cette coupure a conduit à l'ignorance et l'ignorance au manque de respect et aux abus.

J'ai montré ce même film dans des écoles, dans des salles municipales et même à des politiciens, à chaque personne qui m'a donné du temps et l'espace pour le montrer.

Nous devons nous enthousiasmer et nous passionner , nous devons nous insurger. Nous devons aussi nous élever contre ceux qui sont dans le déni.

Ce mot " responsabilité " me revient à nouveau à l'esprit. La responsabilité, comme l'action sur le changement climatique est maintenant un impératif moral.

Avant mon départ pour le Spitzberg, ma fille aînée agée de 7 ans, Sophie, m'a demandé s'il y aurait encore des ours polaires quand elle serait plus grande.

Pour notre bien à tous , il vaudrait mieux ! "

Si vous voulez en savoir plus sur Darren , connectez - vous à son site :www.darrenrees.com


 


Date de création : 26/09/2009 : 15:37
Dernière modification : 21/02/2012 : 19:40
Catégorie : ARTISTES - Darren REES, peintre anglais ( Septembre 2009 )
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