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Les ours polaires vont-ils disparaître ?

Derrière la controverse, quelle est la véritable histoire de l'avenir de l'ours polaire? 

Article de Jane Palmer traduit de l’anglais – BBC –EARTH – Novembre 2014

( Article traduit par mes soins )

 

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© Lance Skytower

Nous sommes en novembre et c’est le moment de l'année où la ville endormie de Churchill, dans l’état du Manitoba, sur la rive ouest de la baie d'Hudson au Canada, se transforme en centre d’ours polaires. Des centaines d'ours polaires, maigres presque léthargiques - leur dernier repas complet remontant à la fin du printemps - passent des heures à errer sans but, ou simplement couchés profitant des derniers rayons du crépuscule arctique. Ils attendent que la glace gèle pour aller chasser les phoques.

Plus nombreux qu’eux sont les touristes venus de tous les coins du monde pour obtenir LA photo unique de l'une des espèces les plus emblématiques de l'Arctique. Et les derniers, mais non les moindres, sont les scientifiques. Alors que certains scientifiques visitent " la capitale mondiale des ours polaires" pour étudier les ours, d'autres, comme Steven Amstrup de l’association « Polar Bears International », sont là parce qu'ils voient également une occasion unique d'informer les gens sur le sort des ours polaires. Parce que les ours polaires, la plupart des scientifiques en conviennent, sont en difficulté. Le réchauffement climatique causé par les hommes est à l'origine de la fonte et du déclin de la banquise arctique, habitat et terrain de chasse de l’ours polaire. Si cette tendance au déclin se poursuit comme elle l'a fait, au taux d'environ 13 % par décennie, les ours polaires subiraient la perte de l'habitat, et par conséquent la perte de leur nourriture.

 

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© Kathryn Hansen

 

« Les meilleures estimations que nous avons indiquent que nous allons probablement perdre près des deux tiers des ours, au milieu du siècle, fondées sur le simple fait que nous perdons la banquise » explique Andrew Derocher, un professeur de sciences biologiques à l'Université de l'Alberta et ancien président de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans le groupe des spécialistes des ours polaires.

Les ours dépendent simplement de la banquise pour vivre, dit Derocher. " Pas de banquise pas de phoques. Et pas de phoques signifie pas d'ours polaires.

" Patinage sur une fine couche de glace" :  Malgré sa taille, Ursus maritimus, le plus grand membre de la famille des ours, est parfaitement adapté à la vie sur la glace, sa fourrure à double couche et ses pattes poilues l’ isolent des froides températures arctiques . Un ours polaire peut se dresser à 3 mètres de hauteur et peser jusqu'à 600 kg – pas vraiment le physique d’un patineur artistique - mais il peut se déplacer avec grâce et discrétion sur toute la surface de la glace et surprendre ses proies que sont les phoques annelés et barbus. Les ours sont à court d'énergie.

Il y a 19 sous-populations d'ours polaires dans le monde, dont 13 se trouvent au Canada. Certains de ces ours vivent toute l'année sur la glace, mais pour les populations telles que les ours de la baie d'Hudson, la glace se révèle un habitat éphémère. Dans cette région, les ours passent les mois d'hiver sur la glace se gavant de leurs proies, mais, lorsque la glace fond chaque année, ils sont forcés de rester à terre où la nourriture est insuffisante en attendant que la banquise se reforme. Et comme les températures dans l'Arctique ont augmenté, la banquise a commencé à fondre plus tôt et à recongeler plus tard, laissant les ours polaires échoués et amaigris sur la terre pendant des périodes de plus en plus longues.

 

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© Arctic Wolf

 

«Quand j’ai commencé à travailler dans la baie d'Hudson dans les années 1980, la banquise s’était déjà formée," dit Derocher. " Il y avait des années où les ours avaient disparu dans la première semaine de Novembre, mais cette année, il est peu probable que nous voyons la banquise pendant encore au moins deux semaines.

" Au cours des 30 dernières années, les ours ont dépassé le temps qu’ils passent sur terre de près de 30 jours - restant un jour de plus chaque année - selon Amstrup. Cela signifie que les ours viennent à terre pour faire face à des pénuries alimentaires avant qu'ils aient stocké assez de graisse pour toute la saison, dit-il. "Les ours manquent juste d'énergie», explique Derocher. Les impacts à plus long temps de leur jeûne d'été sont un taux de reproduction moindre. » Selon le Groupe d'experts intergouvernementaux des Nations Unies sur les changements climatiques (GIEC), la couverture de glace est susceptible de descendre en dessous d'un million de kilomètres carrés en 2050. Les changements en cours, et les prévisions comme celles-ci, ont conduit les USA en 2008 à inscrire l'ours polaire comme espèce en voie de disparition Le nombre d'ours dans la baie d'Hudson occidentale a déjà diminué, dit Amstrup. "Cette population est proche de l'extrême sud de l'aire de l'ours polaire et est donc l'une des populations les plus vulnérables», dit Amstrup. «Si nous ne prenons pas acte très bientôt , nous pourrions ne pas être en mesure de sauver ces ours.

" Espoir ou canular ?

Bien que la plupart des scientifiques semblent être d'accord avec le sombre point de vue de Derocher au sujet de l'ours polaire, certains ont un autre point de vue.

L'un des plus virulents d'entre eux est Mitch Taylor qui a passé plus de deux décennies en tant que chercheur de l'ours polaire et directeur pour le gouvernement du Nunavut. Ceci est le moment que les Inuits appellent « Celui où il y a le  le plus d’ ours " dit Taylor.  «Sommes-nous sur le point de perdre nos ours polaires ? Non, nous ne le sommes pas», dit Taylor. « Nous assistons à 130 ans de réchauffement climatique ce qui a augmenté la température d'environ 0,75 degrés et qui a évidemment une incidence sur la banquise, mais les ours polaires ne semblent pas avoir été affectés jusqu'à présent." L'essentiel de l'argument de Taylor est que les ours polaires de la planète sont en plein essor, au moins en terme quantitatif . Le consensus scientifique actuel situe le nombre d'ours polaires entre 20 000 et 25 000 , plus que la population d’ours polaires d’ avant l’accord international de restriction de la chasse à l'ours polaire datant de 1973.

 

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© Mike Beauregard

Derocher ne conteste pas les chiffres, mais fait valoir qu'ils n’expliquent pas toute l'histoire. Si nous revenons au début des années 1800, le commerce des ours polaires avait conduit à une baisse constante de leur nombre.Les chiffres ont peut-être augmenté depuis les restrictions de chasse, mais ils sont encore très inférieurs. Dans la baie d'Hudson, où Derocher a commencé à faire des recherches, il y avait 1200 ours. Maintenant, il y en a à peine 800. "La situation actuelle montre que les chiffres ont chuté d'environ un tiers," dit Derocher. Dans l'ensemble, le nombre d'ours que les chercheurs peuvent contrôler de manière adéquate semble être sur une trajectoire descendante, dit Derocher.

Et que dire de la santé des ours? La recherche montre que les ours sont de plus en plus maigres et que moins de petits naissent et survivent dans la baie d'Hudson occidentale. «Une population ne peut pas être longtemps en bonne santé si ses petits ne survivent pas», dit Amstrup.

 

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© NOAA / CC

 

“ Cependant toutes les populations d'ours ne souffrent pas, dit Amstrup.  Les ours qui vivent dans des latitudes plus élevées, telles que celles du détroit de Davis, sont en plein essor. Avec le réchauffement, la couverture annuelle de glace remplace la glace multicouche, la rendant plus adaptée pour les phoques, principale source de nourriture des ours polaires.

"Nous pensons que peut-être la plupart des populations vont encore bien et ne subissent pas encore les effets de ce réchauffement », dit Amstrup. "Mais vous pouvez comparer cela aux passagers du Titanic. Ils étaient bien portants et heureux jusqu'à ce que le Titanic glisse sous les vagues." « Les effectifs actuels de populations d'ours ne sont pas vraiment le problème. C’est plutôt ce qui va se passer dans le futur ». dit Derocher. Il cite la norme internationale de conservation d'une espèce, celle de l'utilisation de la «règle de trois générations" Pour les ours polaires, trois générations est d'une durée de 36 à 45 ans. Dans ce laps de temps, les scientifiques prédisent un déclin rapide de la banquise. Amstrup est d’accord. " Personne dans la communauté de l’ours polaire ne se lève pour dire que c’est une catastrophe en ce moment. Ce dont nous parlons est une menace pour l'avenir. dit Amstrup. " Dans les endroits où la glace a radicalement changé, nous voyons les effets et, si nous permettons à ces changements de continuer à les latitudes plus élevées, alors il aura une incidence sur tous les ours polaires.

" Est-ce que le passé peut annoncer l'avenir ?

Un argument supplémentaire contre l'extinction des ours polaires se trouve dans la théorie qui explique qu’en tant qu'espèce, les ours polaires ont déjà survécu à des périodes de réchauffement. En utilisant la génétique moléculaire, Matthew Cronin, professeur de génétique à l'Université de l'Alaska, à Fairbanks aux USA, a déterminé que les ours polaires se sont séparés de l'ours brun, et sont devenus une espèce indépendante, il y a environ 1,2 millions d'années.

 

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© NPS photos / Ken Konger

 

"Ces résultats, combinés avec le registre fossile, indiquent que les ours polaires ont été véritablement des ours polaires il y a 125 000 ans et peut-être même plusieurs millions d'années», dit Cronin. "Cela signifie qu'ils ont déjà survécu à la perte de leur habitat et qu’ils pourront très bien survivre à une autre perte de leur habitat dans l'avenir." C’est une théorie que Taylor adopte également, et qu’ Amstrup est prompt à contrer. «Nous ne disposons pas de preuves que les ours polaires ont connu autre chose qu’une élévation d'un degré de la température au cours de leur histoire», dit Amstrup.Et, selon la plupart des modèles de prévisions, nous serions à une élévation de la température mondiale de près de 2 degrés Celsius d'ici 50 ans, et certainement moins de 100 ans, dit Amstrup.

«Les ours polaires n’ ont tout simplement pas connu un tel réchauffement ", dit-il. Cela est ridicule pour certaines personnes de dire qu'ils ont survécu à des périodes chaudes dans le passé, et qu’ ils vont donc survivre à des périodes chaudes maintenant Taylor affirme que les ours polaires pourraient survivre à un réchauffement de 1,5 degrés Celsius, bien qu'il semble incapable de déterminer exactement comment ils le feraient sur une toundra moins glacée. «Je ne suis pas de ceux qui pensent que les ours polaires ne peuvent tout simplement pas s'adapter à un environnement terrestre et manger des oeufs de poule et de la végétation et d'autres charognes qu'ils pourraient trouver», dit Taylor, "mais je ne pense pas qu'ils pourraient survivre." Mais comment pourraient-ils survivre à des températures encore plus chaudes encore? Comme 2 degrés Celsius? Taylor soutient que les ours polaires ne les sentiraient pas. «Je pense que les modèles climatiques ont exagéré le réchauffement que nous allons voir .

 

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© Emma / CC

Et par conséquent, bien que certaines populations d'ours polaires auraient à en souffrir,  il n'y aurait pas une baisse spectaculaire du nombre d’ours dans toutes les populations, dit Taylor. "La baisse serait lente et progressive.” Mais ce n’est seulement l'ampleur du réchauffement, c’est la vitesse à laquelle le réchauffement aurait lieu qui pose problème, dit Amstrup.

Il a fallu près de 10.000 ans pour augmenter la température de 1 degré Celsius dans la dernière période interglaciaire, dit-il. Mais le réchauffement maintenant se déroule au fil des décennies, laissant peu de temps aux ours polaires pour s'adapter au changement climatique.  "L'ours polaire est le visage confus du changement climatique», dit Amstrup. "Aussi , beaucoup de gens qui ne croient pas que le réchauffement climatique est en cours, ou qui nient que cela va être un problème dans l’avenir, aiment sélectionner différentes choses sur les ours polaires, parce que si ils peuvent faire croire que l’ours polaire ait l’air d’aller bien , alors par procuration ils nous disent que «nous ne devons pas nous inquiéter du réchauffement climatique".

C’est vraiment plutôt simple et je le redis encore et encore c’est juste une question de perte de l'habitat Taylor a déclaré croire que le changement climatique et la perte de la banquise sont une réalité. Mais un examen plus approfondi révèle qu’ en 2008, il a signé la Déclaration de Manhattan sur le changement climatique, et a fait valoir qu'il n'y avait pas de preuve concluante que les émissions provenant de l'activité industrielle ont été à l'origine du changement climatique. Cependant, les sentiments de Taylor pour les ours sur lesquels il a travaillé plus de 30 ans sont évidents.

 

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© Susanne Nilsson

"Je  pense que nous voulons tous croire que les choses ne vont pas si mal», dit Amstrup  C’est sans doute pourquoi, bien que la science ne semble pas soutenir les théories négationnistes, beaucoup d'espace dans les médias leur est consacré dans les médias.

Mais, si nous laissons de côté la lutte contre le réchauffement climatique : Qu'en sera t--il des ours? Y-en aura-t-il dans 50 ou 100 ans?

D'autres endroits des régions arctiques et sub-arctiques ont une banquise en hiver, mais n’ont pas d’ ours polaires, dit Derocher. Dans ces régions, la glace ne persiste pas assez longtemps chaque année pour soutenir les ours polaires, dit-il. Il indique que dans des régions du sud de la Norvège et de la Suède, des archives fossiles montrent que les ours existaient il y a environ 11.000 ans. Mais maintenant, ces régions n’ont plus de glace ni d’ours polaires.  "Si il n'y a pas assez de glace, nous n’aurons pas d’ ours. Je pense qu'il est très clair que nous allons perdre la grande majorité d'entre eux. Je ne le verrai pas de mon vivant mais mes enfants le verront.

 

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© Smudge 9000


Date de création : 26/11/2014 : 14:28
Dernière modification : 26/11/2014 : 15:19
Catégorie : OURS : ACTUALITES - Ours polaires
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